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L’Édition sans Éditeurs

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Il y a des livres qui changent la vie, et L’Édition sans Éditeurs d’André Schiffrin en fait partie.

Paru en 1999 aux (excellentes) éditions La Fabrique, L’Édition sans Éditeurs raconte l’histoire — et surtout la transformation — de l’industrie du livre dans la deuxième moitié du XXème siècle, à travers les yeux d’un éditeur, témoin privilégié s’il en est.

André Schiffrin a travaillé toute sa vie dans l’édition, suivant les traces de son père qui participa à la création de Pantheon Books et de la Collection de la Pléiade, et intégra Gallimard en 1936 pour l’y développer. Fuyant la France en 1941 pour d’évidentes raisons, la famille Schiffrin s’exile d’abord à Marseille, puis à Casablanca où André Gide les héberge, avant d’arriver à New-York. Le père fonde alors Pantheon Books, une maison destinée à faire connaître au public américain les grands classiques de la littérature européenne. Malgré la portée limitée de ses publications au début, Pantheon finit néanmoins par réussir des coups de maître, en publiant notamment Le Docteur Jivago (Nobel pour Pasternak en 1958) et Le Guépard de Lampedusa. Après la mort de son père, André Schiffrin reprend le flambeau et travaille à l’essor de Pantheon Books, après avoir travaillé un temps pour la New American Library. Finalement, à force de succès littéraires, l’argent commence à rentrer. Et les ennuis commencent alors.

“On peut dire sans crainte que l’édition mondiale a davantage changé au cours des dix dernières années que pendant le siècle qui a précédé. Ces changements sont particulièrement frappants dans les pays anglosaxons qui apparaissent comme des modèles de ce qui risque de se produire ailleurs dans les prochaines années. Jusqu’à une époque récente, l’édition était fondamentalement une activité artisanale, souvent familiale, qui se satisfaisait de modestes profits provenant d’un travail qui était encore en liaison avec la vie intellectuelle du pays. Ces dernières années, les maisons d’édition ont été rachetées les unes après les autres par de grands groupes internationaux.”

Pantheon Books, désormais bénéficiaire, se fait racheter par Random House. Puis Random House est vendu à un conglomérat, New House (aujourd’hui, New House appartient à Bertelsmann). André Schiffrin raconte sa descente aux enfers: comment, après leur avoir donné l’assurance que rien ne changerait, la ligne éditoriale s’est brusquement tordue, incitant à produire toujours plus de succès commerciaux, négociant des avances sur recettes délirantes avec des célébrités (se soldant souvent par des échecs financiers), et finalement transformant la société familiale en un monstre à produire des best-sellers.

”[…] les propriétaires de maisons d’édition ont toujours cherché à expliquer leurs virages en invoquant le marché: ce n’est pas aux élites d’imposer leurs valeurs à l’ensemble des lecteurs, c’est au public de choisir ce qu’il veut — et si ce qu’il veut est de plus en plus minable et vulgaire, tant pis. […] Toute la question est de savoir choisir les livres qui vont faire un maximum d’argent, et non plus ceux qui correspondent à la mission traditionnelle de l’éditeur.”

André Shiffrin décrit les dérives d’un système basé sur l’aspect financier au détriment de l’éditorial: avec des actionnaires exigeant des rendements délirants et des bénéfices toujours en progression la qualité ne peut plus suivre. Le rendement est la priorité. 

“Les nouveaux propriétaires des maisons absorbées par les conglomérats exigent que la rentabilité de l’édition de livres soit identique à celle de leurs autres branches d’activité, journaux, télévision, cinéma, etc. […] Les nouveaux taux de profit escomptés se situent donc dans une zone comprise entre 12 et 15%, soit trois ou quatre fois plus que le niveau traditionnel de l’édition.”

Evidemment, c’est un combat perdu d’avance. Et lorsque lassés, les groupes se séparent des branches qu’elles ont eux-mêmes dévastées, les conséquences sont irréparables. Quant à ceux qui réussissent leurs objectifs? Quelquefois, les résultats sont pires.

“Toutes les maisons, inutile de le préciser, ne peuvent réaliser de tels objectifs. Comme nous l’avons vu, certains grands groupes sont bien moins rentables qu’il y a cinq ans, lorsqu’ils menaient une politique traditionnelle et diversifiée. Mais il suffit qu’une société réussisse pour que les autres se voient enjoindre d’augmenter leur effort. Si quelque part on atteint les 15% par an, on exigera des autres qu’ils y parviennent, et l’infortuné qui court en tête devra passer à 16%.”

Selon Schiffrin, la course à la rentabilité est comparable à la malédiction de Sysiphe qui, poussant son rocher en haut de la montagne, se voit chaque matin contraint de l’y pousser de nouveau. 

Un peu plus loin, il revient sur l’appétit sans limite des actionnaires.

“On peut imaginer une situation où, dans un avenir pas très lointain, il faudra payer cher pour obtenir des données jusque-là gratuites. Comme le communisme, qui a péri de la limitation de l’accès à l’information, nous pouvons voir apparaître un système où la carte de crédit remplacera la carte du Parti pour obtenir ce qui doit être accessible à tous, et gratuitement.”

Toute ressemblance avec des événements ayant existés ne serait, bien sûr, que purement fortuites.

De l’eau a coulé sous les ponts depuis 1999, et la crise financière est passée par là. Néanmoins la lecture de ce livre éclaire sous un jour neuf des pratiques qui semblent à chacun évidentes aujourd’hui, mais dont nous nous émouvons peu, sans doute à tort.  

L’Édition sans Éditeurs est l’histoire d’un chemin de croix, celui de l’édition et de son rapport à la rentabilité : à titre plus personnel, il s’agit d’une des lectures qui m’ont donné envie de faire ce métier. Je ne peux donc que la conseiller à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à ce monde quelquefois opaque et mystérieux qu’est l’édition, d’autant que le livre est lui-même publié chez l’une de mes maisons d’édition préférées, La Fabrique, dont vous pouvez découvrir ici le catalogue.

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  • il y a 1 mois
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Empathy, Neurochemistry, and the Dramatic Arc: Paul Zak at Future of Story Telling - 2012

  • il y a 5 mois
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Librairies numériques: la catastrophe des moteurs de recherche

Je ne sais pas pour vous mais il y a un truc qui m’énerve prodigieusement quand je fais une recherche sur la base de l’iBookstore: la mauvaise qualité de la recherche “approximative”.

Quelquefois, vous n’avez simplement pas en tête la bonne orthographe d’un titre ou d’un auteur. Mieux, vous avez un titre mais il n’est qu’incomplet, ou bien vous avez vaguement un nom d’éditeur en tête pour l’avoir entendu dans la bouche d’un chroniqueur littéraire. Bref, vous aimeriez bien qu’on vous aide à retrouver ce $%#¥£~% livre et le moteur de recherche est censé être là pour ça. Ceux qui ont travaillé en librairie comprennent ce désir, puisque 80% des requêtes des clients concernent ce type de recherches incomplètes. Soyons réalistes: il est très rare que l’acheteur ait la référence complète de son ouvrage.

Bref. C’est là que les choses se gâtent.

En toute impartialité, j’ai tenté un petit test tout simple sur les moteurs de recherche des principales librairies en ligne. J’ai voulu tenter de trouver un grand classique de la littérature française — on ne m’accusera pas d’avoir pris un obscur roman inconnu de tous — mais j’ai fait une petite bourde. Oh, maladroit que je suis! J’ai cherché “Les trois mousquetaire” (sans le S final, donc) et Alexandre DumaT (avec un T à la place du S). Vous remarquerez que j’ai été gentil de ne pas rechercher “Les Six Capitaines d’Antoine Dupieu”: on reste dans une recherche très simple, en fait le minimum d’erreur que l’on puisse trouver dans un titre et un nom d’auteur (pour le reste, il y a votre libraire).

Et bien il y a de quoi être surpris.

D’abord, sur Immatériel:

Pour la recherche “Les trois mousquetaire”, pas de problème. Fiche de lecture en premier mais tous les autres résultats suivants sont le livre en question.


Pour “Alexandre Dumat” ça se gâte. Sur les 10 premiers résultats, seuls 3 concernent Dumas. Les autres sont centrés sur “Alexandre” (Le Grand, notamment…). Peut mieux faire.

Ensuite, sur Feedbooks:

En recherche par titre, on trouve la même chose, que l’on tape “mousquetaire” avec ou sans S. Un peu disparate mais on trouve tout de même ce que l’on cherche. Pas de surprise.


Avec “Alexandre Dumat” en revanche, aucun souci: les notices renvoyées sont toutes des notices en rapport avec Dumas.

Sur ePagine:

Pas de souci sur le titre: le S manquant n’est pas problématique et le moteur retrouve nos mousquetaires.


En revanche, sur le nom de l’auteur, catastrophe: aucune notice renvoyée. On nous éjecte direct sur la liste des meilleures ventes (non merci).

Sur Amazon:

Encore une fois, aucun souci sur le titre. Mention spéciale à la petite liste dynamique déroulante qui se met à jour à chaque lettre tapée dans le champ de recherche. Si on veut faire une faute, on la fait… Mais c’est pas facile!


Même problème qu’Epagine sur le nom d’auteur, et surtout qu’Immatériel: on nous suggère d’aller jeter un oeil du côté d’Alexandre plutôt que de Dumas. Pas beau!

Sur Kobo:

Apocalypse sur les titres: le moteur ne renvoit aucune occurence valable dans les premières recherches.


Du mieux sur la recherche par auteur: mais c’est à se demander si les éditeurs de chez “Ebooks libres et gratuits” n’ont pas inséré le mot clef “Dumat” dans leurs métadonnées, car ce n’est pas la première fois qu’ils apparaissent en haut des listes. Dans ce cas est-ce grâce au moteur de recherche ou à la prévoyance astucieuse de l’éditeur?

Chez Decitre:
Le seul qui a passé le test haut la main, aussi bien sur le titre incomplet que sur l’auteur mal orthographié! Bravo! D’autant que la barre de recherche est elle aussi dynamique, ce qui facilite grandement les recherches.
Sur Apple:
J’ai gardé le meilleur pour la fin. Cela se passe de commentaires.


On le voit, il y a encore du boulot… La vente des livres numériques passe aussi, et surtout, par une bonne circulation de l’information, et des algorythmes de recherche puissants et sûrs. Il faut continuer en ce sens, et améliorer les outils existants.
Sans quoi publier un livre revient juste à jeter un caillou au milieu de l’océan…

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  • il y a 5 mois
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Watermark: un DRM qui ne dit pas son nom

Il existe plusieurs moyens de protéger son livre contre le piratage.

Le plus simple — pour le distributeur ou l’éditeur — est encore d’apposer un DRM Adobe puisqu’il est supporté par la quasi-totalité des applications de lecture et des liseuses. En revanche, il s’agit probablement de la solution la plus compliquée pour les lecteurs. Pour en avoir moi-même fait l’expérience, il suffit d’une fausse manipulation, d’un défaut de mise à jour, d’un problème d’identifiant, de mot de passe, ou simplement d’une machine mal lunée ce jour-là, pour vous retrouver avec un livre absolument illisible.

En cela, certains éditeurs choisissent de faire appel à une autre formage de protection: le watermarking, ou marquage numérique pour les Jacques Toubon de la toile. 

Le watermarking fait partie de l’éventail qui s’offre à tout éditeur ou distributeur numérique en matière de protection contre la copie illégale, contre le piratage. Mais il est différent du DRM Adobe en ce sens qu’il n’est pas une “clef”, un cryptage numérique. Il est simplement une mention “imprimée” sur l’ebook.

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Comme on le voit dans la marge de gauche, mon nom et mon adresse mail ont été insérés de manière à ce que, si par grand malheur je décidais de partager ce livre avec d’autres, on puisse immédiatement retracer son origine. Le livre ne sera pas illisible, le livre ne sera pas effacé. En fait, aucun contrainte ne s’applique à la copie d’un livre watermarké… si ce n’est une contrainte morale.

En effet, le watermarking est un DRM psychologique. Plutôt que de contraindre par la force, plutôt que de persuader par la raison, il emploie une technique d’auto-répression douce et violente à la fois: la peur.  

Utiliser la peur pour lutter contre le piratage?

Je n’aime pas les DRM. J’ai déjà perdu trop de temps à essayer de faire fonctionner un livre que j’avais honnêtement acheté pour les porter dans mon coeur. Les livres chez Walrus sont certifiés sans DRM, et à chaque fois que nous proposons des missions d’accompagnement de projet numérique à nos clients éditeurs, nous militons en faveur du NO DRM AT ALL. 

En utilisant ce filigrane numérique, on voudrait croire qu’il s’agit d’un moindre mal: en effet, il dissuade l’utilisateur malhonnête de partager le fichier tout en incapacitant en rien le lecteur honnête.

Pour autant, lorsque je lis un livre watermarké, j’éprouve un sentiment de malaise. 

Je me sens regardé. Épié. Le livre m’observe, et il me chuchote à l’oreille de vagues menaces. “Je te tiens à l’oeil”, dit-il. “Ne t’avise pas de marcher en dehors du sentier, ou tout le monde saura à quel point tu es malhonnête”. Il y a une sorte de contrat moral implicite entre un livre watermarké et son utilisateur. Certains poussent le vice jusqu’à vouloir insérer le numéro de carte bancaire de l’acheteur dans le watermark. Impossible dans ce cas de songer ne serait-ce qu’à prêter son livre numérique! Car oui, un livre doit pouvoir se prêter, numérique ou non, lorsqu’on fait l’achat du fichier complet.

Je me demande dans quelle mesure il n’y a pas méprise sur l’ennemi: en indiquant à chaque lecteur qu’il est un pirate potentiel, en le lui rappelant à chaque page, ou à chaque fin de chapitre, on laisse tomber la question de la confiance entre un éditeur, un auteur et son lecteur. 

Alors, les gens rigolent quand je parle de confiance.

Pourtant, avouez que lorsque vous mettez un DVD sur votre platine de salon (acheté en bonne et due forme chez votre revendeur favori) vous êtes les premiers à soupirer devant ces messages interminables de lutte contre la copie, de véritables menaces… alors que justement, vous venez d’acheter le disque légalement! Je préfère ces courts messages de certains éditeurs de DVD où un énorme “THANK YOU” tombe du ciel, pour vous remercier de vous être procuré légalement le même disque. 

C’est un avis tout à fait personnel: mais quand on ne me fait pas confiance à la base (sans aucun fondement), je ne suis pas enclin à faire quoi que ce soit pour mériter cette confiance. La peur, pour moi, est une arme trop puissante pour être utilisée dans ce cas. Ne devrions-nous pas simplement faire preuve de didactisme, expliquer, encore et encore, jusqu’à ce que cela semble parfaitement logique à tout le monde?

Une porte fermée à clef est toujours plus tentante qu’une porte grande ouverte. Surtout quand la serrure est en sucre.

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Rétroéclairage par LED: un point nécessaire pour démêler le vrai… du “vrai”

Quelquefois, lorsque je parle du rétro-éclairage des écrans des tablettes sur Twitter, et que j’ai le malheur de le comparer à l’éclairage des liseuses type Kobo Glo ou Kindle PaperWhite, je déchaîne les foules. Soudain, le congrès des ophtalmologistes se réveille et je me retrouve assailli de messages du type: “Mais non, ça n’a rien à voir!” ou encore “la lecture sur  tablette, c’est fatigant (voire dangereux) pour les yeux”, etc. 

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Kirsty Andrews - Flickr - CC-NC-ND-BY 2.0


À tous ces messages, je réponds que je n’ai jamais dit que c’était la même chose. J’entends les avis diverger à ce sujet et du coup, j’ai voulu m’informer. Parce que je n’étais pas sûr de mon coup.

Je suis comme vous (c’est difficile à croire, je sais): à la fin de la journée, lorsque j’ai passé huit heures à loucher sur mon écran d’ordinateur, je suis content de l’éteindre. On ne va pas ici contester les désagréments de ces dispositifs d’affichage modernes, ce n’est pas le sujet: on ne parle pas de télévision ou d’écrans d’ordinateur, mais bel et bien d’appareils de lecture.

imageÀ la base, il y a une méprise: mettre tous les affichages LCD dans le même panier. Avant l’avènement du rétroéclairage par LED, les LCD étaient rétroéclairés à l’aide des tubes fluorescents à cathode froide, technologie également appelée CCFL et dont nous avons des souvenirs douloureux pour nous être payés des maux de tête carabinés en les regardant d’un peu trop près. 

Depuis 2008-2009, ces systèmes de rétroéclairage ont été remplacés progressivement (comme par exemple, sur l’écran d’un iPad) par des systèmes de rétroéclairage par LED. 

Pour paraphraser Wikipédia:

       Il existe deux technologies de rétroéclairage :

  •       Edge Led : les diodes sont réparties sur la périphérie de l’écran et sont orientées vers l’intérieur. La lumière des diodes est propagée sur toute la surface via une plaque de verre photoconductrice.
  •      Full Led : les diodes couvrent toute la surface arrière de l’écran afin de fournir une lumière uniforme et mieux contrastée, mais pour un coût de production plus élevé.

      À ces deux technologies, on peut associer un Local Dimming, où les diodes sont organisées en zones éteintes ou allumées selon l’intensité des parties sombres de l’affichage. Les noirs ainsi obtenus sont plus profonds et améliorent le contraste.

Fin de la parenthèse technique.

Alors on entend ici et là des voix s’élever contre les LED, pour une bonne et simple raison: les LED abimeraient les yeux sur le long terme.

Et bien… c’est vrai! L’exposition à la lumière des LED est à long terme parfaitement dangereuse, pour la bonne et simple raison que ces diodes produisent une intensité lumineuse très forte et que leur spectre comporte une grande proportion de lumière bleue, qui à la longue s’avère néfaste et peut générer des risques de cataracte et de lésions maculaires.

Mais attention, nous parlons de deux choses différentes: ces risques ont été relevés pour les ÉCLAIRAGES à LED, c’est à dire pour les luminaires publics et privés qui servent à éclairer votre cuisine, votre salon ou votre bureau. En effet, ces éclairages sont dits “directs” (la LED est à nu sous le verre, l’exposition est maximale). 

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— Un éclairage LED —

On préconise donc de ne pas employer d’éclairage à LED dans les endroits où, par exemple, on garde des enfants (les écoles, les crèches, etc). 

Mais les écrans à LED sont sans commune mesure avec ces éclairages LED. S’ils utilisent à la base la même technologie, leur intensité lumineuse n’est absolument pas comparable en termes de candelas (l’unité utilisée pour mesurer la luminosité d’une source, mesurée dans le cas des écrans en candelas/m2). De plus, la lumière des LED est filtré à différents niveaux (notamment UV), si bien qu’une part infime de la LED (oui, il n’y a qu’une seule LED sur un écran d’iPad) parvient à l’oeil au final. 

Evidemment, vous ne regarderez pas de la même manière un écran d’ordinateur et des phares de voiture, ou la lumière du soleil. En matière de lumière, tout est question d’exposition.

Vous pouvez lire à ce sujet le rapport de l’ANSES sur l’éclairage LED.

Même si ce n’est qu’un rapport (un de plus), il précise néanmoins que les écrans rétroéclairés par LED ne sont pas concernés par les dangers inhérents à l’éclairage LED.

Je me demande donc quelle part de confusion il existe entre l’éclairage LED (dangereux) et le rétroéclairage par LED (réputé pas dangereux, en tout cas aucun rapport, aucune étude ne semble prouver le contraire pour le moment…) dans la tête des utilisateurs. Il y a une part de mystification possible, ou en tout cas d’amalgame, qui m’échappe.

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CC Liz Henry - Flickr - CC-BY-ND 2.0

Alors maintenant que nous savons tout ça, on peut comparer.

Quelle est la différence entre un écran LCD rétroéclairé et une liseuse du type Kindle PaperWhite ou Kobo Glo, dont l’écran est lui aussi éclairé d’une manière ou d’une autre?

Et bien c’est très simple (enfin, suivez quand même un peu). 

Une liseuse, c’est simplement un film qui (pour résumer) reproduit le rendu du papier via un système d’attraction/répulsion magnétique. On ne va pas refaire la théorie du eINK (peut-être un jour, mais pas maintenant) et on va se contenter de dire que cette feuille eINK est comme une feuille de papier, mais qu’on peut en changer l’apparence, l’encrage numérique. Elle dispose de qualité lumineuse nulle, c’est à dire qu’elle ne produit pas de lumière en elle-même. Donc si vous voulez l’utiliser ailleurs qu’en plein soleil, il faudra l’éclairer avec une lampe.

Maintenant, intégrons un système d’éclairage interne (dit FrontLight par Booken, ou PaperWhite chez Amazon).

Tiens, justement: voici comment se décompose l’écran d’une liseuse avec dispositif d’éclairage intégré chez Amazon.

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Première surprise (ou pas): si le dispositif n’est pas “rétroéclairé”, il n’en est pas moins un dispositif d’éclairage… à LED. Seulement la lumière est ici déviée pour être répartie uniformément sur un petit film qui recouvre l’écran eINK à proprement parler, et que la lumière est au-dessus de l’écran et pas en dessous. Mais la lumière produite est parfaitement identique dans ses propriétés à celle d’un éclairage LED: le spectre est potentiellement le même. Sauf que la lumière est ici déviée. 

Intéressant, non? Moi j’ai appris un truc, là. 

Alors on me dira: oui mais la lumière est ici dirigée vers l’écran, et pas vers les yeux. Je vais dire oui, bien sûr. Mais les cocos, pour que vous puissiez lire, il faut que des photons tapent sur votre rétine, tout de même. Et ces photons doivent bien venir de quelque part. Même si la lumière est déviée, réfléchie, filtrée, ce que vous voulez… il n’en reste pas moins que la lumière, FrontLight ou BackLight, arrive jusqu’à vos yeux, dans des quantités des spectres variables. 

On ne sait pas, sur le long terme, les risques liés à la lecture sur support auto-éclairé. j’imagine que dans 10 ans, on les fera, ces fameux congrès d’ophtalmo. En revanche, il est une réalité qu’on ne peut pas occulter: l’écran éclairé OU rétroéclairé… c’est de la lumière. Et à ce titre, une exposition trop prolongée peut déclencher des réactions neurologiques inattendues. Si par exemple vous regardez trop fixement l’écran de votre téléphone ou de votre tablette au lit, avant de vous coucher, il est fort probable que vous éprouviez des difficultés à trouver le sommeil. En cause, la production de mélatonine qui régule vos cycles de sommeil: le cerveau, exposé à la lumière, pense qu’il fait jour. Il vous tient donc éveillé plus longtemps. Dans ce cas, le danger ne vient pas à proprement parler de l’écran mais de l’interprétation que fait votre cerveau de l’utilisation de votre écran. Et en cela, chacun doit se responsabiliser, surtout s’il souhaite bien dormir la nuit.

Il est envisageable que l’on trouve néanmoins des études dans les prochains mois ou dans les prochaines années qui décriront les méfaits de certains écrans rétroéclairés par LED, puisque la plupart du temps — tout comme pour la cigarette, l’alcool, les bombes d’insecticide ou la télé-réalité — nous sommes D’ABORD exposés au danger avant d’en être avertis. Mais je ne peux pas me prononcer maintenant. Attendons ce qu’en diront les spécialistes.

Je ne serais pourtant pas surpris que la rétiscence perdure longtemps. Cela fait trente ans, peut-être plus, qu’on nous prévient du danger des écrans, à tort ou à raison. Je pense qu’il y a une part (une PART, ne déformez pas mes propos) de folklore là-dedans. De légende urbaine. Quelqu’un, un jour, a sans doute dit que les écrans, c’était le mal. Depuis l’idée s’est propagée. Dans quelle mesure ces idées, rumeurs, etc sont VOLONTAIREMENT propagées par les gardiens du temple, difficile de le dire. Mais il y a une part de peur dans tout cela, c’est certain. Il suffit de voir la tête des gens à qui j’apprends que je suis végétarien, et qui me préviennent soudain des dangers immenses de ce régime. Peu d’entre eux savent, en revanche, que ces prétendus dangers ont été en grande partie inventés par les lobbies de l’élevage aux États-Unis, dans les années 50. Ces faux rapports, ces fausses informations, se retrouvent encore propagés aujourd’hui. Ils perdurent dans les consciences et, sans y être directement exposé, on finit par les relayer…

Attention donc aux idées fixes.

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Mort annoncée des liseuses: les tablettes rigolent

Derniers chiffres en date après les annonces de l’entreprise eInk un peu plus tôt dans l’année: Isuppli annonce une baisse de 36% des ventes de liseuses à écran statique (liseuses) en 2012, soit 14,9 M d’unités), par rapport à l’année 2011 où s’étaient écoulés 23,2 millions d’unités.

Kindle cover - SimplyBike (Flickr) - CC-BY-NC-ND 2.0

Une chute prévisible

Pas tant que ce soit étonnant! D’un côté, un marché américain où la lecture numérique cartonne (notamment grâce à Amazon) et où les liseuses se sont vendues comme des petits pains. Normal donc qu’au bout d’un moment, ces ventes stagnent puis régressent, le taux d’équipement ayant atteint un palier. Maintenant, le public lorgne du côté des tablettes.

De l’autre, un marché européen où la liseuse n’a jamais vraiment décollé, si ce n’est du côté des afficionados de la lecture sous toutes ses formes et pour lesquels la lecture pourrait même s’effectuer sur une planche ou un caillou. En France (pour la partie qui nous concerne), la lecture numérique ne pèse toujours guère plus d’1% du marché global, malgré les efforts des distributeurs, des éditeurs, des créateurs de contenu et des fabricants de matériel. Nos chiffres ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan de la lecture numérique. 

La France n’aime pas le livre numérique, c’est un fait. Les français ont toujours considéré avec un mélange de crainte et de mépris ces petits appareils qui n’étaient pas vraiment des livres, et pas vraiment des machines non plus… puisqu’elles avaient vocation à abriter une âme, celle des ouvrages de la bibliothèque numérique, chimère moderne et éphémère (pour le moment).

Et puis il y avait la vague hypocrisie des constructeurs, qui annoncent toujours plus de fonctionnalités sur leurs liseuses: d’abord des fonctionnalités de connexion web, puisque des capacités sociales de partage, puis du tactile, puis du retro-éclairage… La seule raison pour laquelle nous n’avons pas encore eu droit aux tablettes couleur, c’est la rentabilité: liseuses trop chères à fabriquer pour un résultat peu satisfaisant au regard des écrans. 

Un suicide en bonne et due forme

Alors depuis six mois, on assiste au revirement spectaculaire des ayatollas des liseuses qui soudain, avec l’avènement de la Kindle Fire HD, de la Kobo Arc ou encore de l’iPad Mini, découvrent avec stupeur (et réticence sans doute) que ça ne fait plus si mal que ça aux yeux de lire sur un écran rétroéclairé. Oui, car l’argument ne tient plus depuis que les fabricants de tablettes éclairent eux aussi leurs écrans. 

En fait, les lecteurs n’ont pas enterré leur tablette: ce sont les constructeurs qui s’en sont chargé, en proposant des liseuses de plus en plus difficiles à distinguer des tablettes. Et forcément, quand on imite, on finit par devoir se comparer. Et à ce jeu-là, la victoire est sans appel: les tablettes, plus proches des usages généralistes que les utilisateurs souhaitent faire de leur matériel, gagnent à tous les coups. Au grand dam de ceux qui souhaitaient JUSTE lire… 

Je ne m’en fais pas, eINK se recyclera: panneaux routiers, affiches publicitaires, tableaux d’école, les applications sont multiples et surtout, utiles.

Mais qu’on ne vienne pas nous faire croire que ce n’était pas prévisible. Ce qui arrive aujourd’hui est l’évidence même, et la plupart des constructeurs ont sans doute toujours voulu aller ce sens. 

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En Inde, le livre numérique n’est pas une priorité et pourtant…

C’est un article chez Actualitté qui est sans doute passé inaperçu. 

Avec un taux d’alphabétisation plafonnant à 63%, l’Inde n’est pas ce que l’on peut appeler un pays en forte demande d’ebooks. En fait, c’est même plutôt le contraire.

La faute à qui, à quoi? Probablement aux tablettes trop chères, aux liseuses pas assez implantées, à Amazon qui n’est arrivé que récemment (on peut imaginer que le Kindle, comme partout ailleurs, dopera les ventes au final, comme une vilaine rengaine, comme un empire en marche) et à une frange de la population qui n’a cure de l’émergence d’un marché dont elle est par essence coupée, numérique ou papier. Forcément, les maisons d’édition locales sont davantage occupées à promouvoir la lecture sous toutes ses formes, à se battre pour simplement faire lire, qu’à faire percer un marché “de riches” où l’acte même de lire coûte déjà plusieurs centaines d’euros. Néanmoins, l’arrivée de liseuses ultra low-cost pourrait, selon l’article, faire la différence. 

Je trouve néanmoins l’ironie formidable. 

Amazing bookstore in Calcutta (CC-BY-NC-ND 2.0) - Carl Parkes (Flickr: FriskoDude)

J’ignore — en proportion — la quantité globale d’ebooks que nous lisons sur nos tablettes qui sont produits et réalisés en Inde. Mais c’est énorme. C’est une véritable industrie que les maisons de fabrication américaines et européennes utilisent telle une manne tombée du ciel. Soyez assurés, les ebooks indiens (et chinois) sont à peu près partout. Il ne se passe pas une semaine sans que je reçoive (en spam dans ma boîte mail) une publicité me vantant les services d’une nouvelle entreprise de numérisation, à des prix défiant toute concurrence. 

L’Inde est une usine, ce n’est pas nouveau: avec la Chine, elle est l’usine du monde. De la même manière que nos éditeurs “traditionnels” font imprimer leurs livres en Espagne, en Roumanie, en Pologne, en République Tchèque ou en Guyane (c’est moins cher, forcément), on délègue la fabrication des ebooks en Inde et en Chine. Pourquoi s’en priver? Pas de frais de transports, tout se fait à distance: la transaction se paie en octets. Alors oui, en tant que studio de création à l’heure du Made in France, la concurrence est rude: comment faire comprendre la différence entre notre travail et celui d’une usine à ebooks en Asie? Surtout quand le rapport de différence en terme de prix est de 1 pour 10… Heureusement pour Walrus, nous possédons quelque chose que les usines à ebooks n’ont pas le temps de cultiver: de l’imagination et des solutions innovantes. 

C’est juste que tout ça est très ironique. 

Et j’imagine que les ouvriers de Foxconn doivent à peu près ressentir la même ironie au moment où ils emballent les iPhone 5 qui nous attendront au pied du sapin.

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  • il y a 5 mois
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Chirpify: les réseaux sociaux suscitent de nouveaux comportements d’achat

Je suis tombé sur ce nouveau service un peu par hasard, comme tout le monde, grâce à un tweet qui se balade, rebondit jusqu’à vous et interpelle le chaland. Mais cette fois-ci, ce n’était pas un hasard: c’était une stratégie commerciale.

Chirpify: was ist das?

Chirpify est un service né d’une alliance: comme toutes les idées excellentes, il est le mélange de deux idées très bonnes, à savoir d’un côté Paypal (une solution de paiement facile et à vocation universelle) et de l’autre côté les réseaux sociaux à tendance virale, type Instagram et Twitter. 

            

Mettez ces deux-là dans un shaker, remuez: c’est Chirpify qui en sortira! Chirpify est un service qui permet, grâce au simple ajout d’un hashtag dans un commentaire, d’acheter un bien ou un service. C’est rapide, sans douleur et surtout parfaitement intégré aux nouvelles pratiques de zapping culturel. En cela, il est probable que Chirpify — ou l’un de ses dérivés futurs — puisse connaître un bel avenir. 

Voir ici la présentation de Chirpify en vidéo: http://vimeo.com/51356204

Une idée pour les auteurs?

David Wolman, auteur chez le magazine Wired, a justement craqué pour ce service il y a quelques jours, proposant l’achat de son dernier livre via le service Chirpify. 

           

           

Pari réussi: le buzz est créé et les ventes — certainement aussi motivées par la dimension inhérente au test technique et la nouveauté — ont certainement été au rendez-vous. Comme le dit Wolman “imaginez que Twitter devienne une librairie”. Et il n’a pas tort de l’envisager.

Aujourd’hui, nous avons la capacité d’attention d’un chaton face à une baballe: nous zappons d’un sujet à l’autre très rapidement, incapables de nous arrêter sur l’un ou l’autre, naviguant d’un article à l’article, réagissant, rebondissant et commentant. Justement, c’est bien là qu’est l’intérêt: en déplaçant l’achat directement DANS la promotion, en fusionnant les deux (diffusion + distribution), on peut faire d’une pierre deux coups. 

              

Dans un monde pas si futur que ça, on fera la promotion d’un livre, d’un disque, d’un service en même temps qu’on l’achètera. EN MÊME TEMPS! Encore une manière d’en gagner, du temps, et de rationnaliser nos actes. 

Et ce n’est qu’un début: j’y vois aussi beaucoup d’avenir dans le domaine du fundrising caritatif et humanitaire. 

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  • il y a 5 mois
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(via bookporn)

Source : riivaajasi

  • il y a 5 mois > riivaajasi
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Spotify, un modèle pour les livres? (ou la dictature du coût zéro)

On ne parle plus que de streaming. À croire que c’est la mode. 

D’abord, on en a parlé pour la musique. Spotify et Deezer se sont vite imposés parmi les mélomanes du net comme des moyens peu onéreux (voire carrément gratuits) de profiter d’une grande quantité de musique, si l’on accepte de subir quelques publicités. Puis est venu le temps de Netflix, et le principe du streaming adapté au cinéma et à la vidéo. Avec l’élargissement des bandes passantes et l’implantation des connexions à haut débit, c’est désormais un mode de consommation techniquement parfaitement envisageable. On attend le lancement en Europe un jour ou l’autre.

Et puis forcément, le livre s’en est mêlé. Ces derniers mois, les services proposant du streaming littéraire font florès: Oyster, 24symbols, Bookboard et en France, un petit nouveau, Youboox. On trouve un panorama de cette activité nouvelle dans un excellent article d’Actualitté dont je vous recommande la lecture, et qui m’a décidé à écrire ce post. 

Consommer sans payer, une fable moderne

On vous a servi cette utopie à toutes les sauces. En acceptant de subir un peu de publicité (quelquefois beaucoup), vous n’avez qu’à piocher dans le catalogue et écouter/lire/regarder ce qu’il vous plaira. Si vous n’acceptez pas de vous coltiner les réclames, il suffit de payer l’abonnement premium: en général, une dizaine d’euros par mois suffisent à emballer l’affaire. Le sondage évoqué dans l’article d’Actualitté démontre d’ailleurs que les acheteurs (britanniques, mais généralisons pour le bien de la démonstration) sont prêts à payer un tel abonnement à un prix situé entre 0 et 10 livres sterling, ce qui nous amènerait à un maximum de 15 euros par mois, même si 61% déclarent qu’ils ne souhaiteraient pas dépenser plus de 5£. Afin de trancher, déclarons le panier moyen d’un abonnement aux alentours de 10 euros par mois. 

image

(source: Actualitté)

10 euros, soyons d’accord, c’est le prix d’un livre. Si l’on fait la moyenne globale entre le prix d’un livre papier en grand format, d’un livre de poche et d’un ebook, on devrait arriver dans cet ordre de prix.

Donc pour 10 euros par mois, on pourra lire autant de livres qu’on le souhaitera.

Pour le prix d’un seul livre, c’est bien ça? 

Okay. Voyons ça de plus près.

“Et pourquoi ça ne fonctionnerait pas avec le livre?”

C’est vrai, ça, pourquoi pas? Si ça fonctionne avec le cinéma et la musique, après tout… Oui mais voilà, le hic, c’est que ça ne fonctionne pas si bien que ça. Enfin, si… mais seulement d’un certain point de vue. Je m’explique.

Forcément, du point de vue utilisateur, c’est un succès. Je suis moi-même détenteur d’un compte Spotify qui fait ma joie quotidienne. Tout ce contenu pour le prix d’un livre, d’un CD, oui, c’est tentant.

Du point de vue du service lui-même, c’est aussi intéressant! Après tout, pour le prix d’un hébergement serveur et d’une interface confortable, on génère du trafic et des revenus à la fois publicitaires et d’abonnements. Pas mal!

Par contre, là où je suis plus sceptique, c’est du point de vue des artistes et des producteurs… parce que là, c’est carrément du délire. Outre les frais inhérents à la production des oeuvres, il faut aussi rétribuer l’artiste en droits d’auteur. L’ami Numeriklivres le décrit assez bien ici, c’est une chose plus que compliquée: pour 4.000 pages vues, un revenu de 10 euros à répartir entre tous ses auteurs. Dur! Et imaginez bien que c’est la même chose pour les musiciens, qui pestent tous les jours contre les faibles revenus rapportés par les services de streaming. 

         image

Se rattraper ailleurs

Oui, le streaming, ça ne rapporte pas. Trop peu cher au départ, pas assez à se répartir à l’autre bout du tuyau: c’est une équation simple. Pourtant tout le monde y va, car la nature a horreur du vide et les éditeurs de contenus ont trop peur de passer à côté de quelque chose, d’autant plus que la promotion directe générée par ces services de streaming n’est pas négligeable.

               L'interface de Spotify

Ci-dessus: l’interface de Spotify

En effet, je suis le premier à aller acheter un CD après l’avoir écouté et apprécié sur Spotify. Je trouve ça normal, et j’aime de toute façon avoir l’objet chez moi. Au moins il est à moi, et je pourrai le transmettre (dans l’absolu, passons sur les qualités de conservation temporelle des supports numériques). Et j’imagine que je ferai pareil pour les livres: si j’ai lu un livre en streaming et qu’il m’a plu, je l’offrirai probablement à Noël à quelqu’un d’autre, en version papier ou ebook quand cela sera possible à grande échelle. Bref, l’un dans l’autre, on s’y retrouve — du moins je l’imagine. 

Et surtout, le streaming n’est pas une fin en soi: il est un moyen parmi d’autres, une sorte de complémentaire nécessaire qui est davantage une voie de promotion qu’une réalité économique, et qui doit s’insérer dans un écosystème global, oui, on est d’accord. À l’heure actuelle, on ne pourrait pas vivre du simple streaming et là où les musiciens font des concerts (qu’il faut bien leur payer), je vois mal Daniel Pennac faire des séances de dédicaces numériques payantes devant une foule en délire (un art différent par des moyens de diffusion différents). Bref, on ne peut pas faire que streamer. D’ailleurs, pourquoi streamer si ça n’arrange personne en particulier? Parce que…

                    

… le client est roi

Sempiternelle devise du commerçant avisé, la maxime est particulièrement bien adaptée aux comportements d’aujourd’hui. Les éditeurs qui maîtrisent mal les nouveaux flux (qui vont trop vite pour tout le monde de toute façon) sèment de petites miettes en espérant attraper les oiseaux, sans véritablement se poser la question d’une solution pérenne. Car il faudra bien trouver une solution pérenne!

La dématérialisation s’accélère, et l’on consommera de plus en plus numérique. Le livre papier finira par décroître, par effet mécanique, et on achètera de moins en moins le pendant papier pour faire plaisir à Mamie à Noël. Et quand tout sera dématérialisé… pourquoi est-ce que j’irai payer un fichier 10 euros à l’unité alors que pour le même prix, je disposerai d’un abonnement qui me permettra de profiter d’un catalogue entier? Pour en disposer hors connexion? La plupart des services de streaming proposent de disposer des fichiers hors connexion grâce à un petit supplément financier. Alors, quelle est la différence entre “posséder une fichier” et “en disposer 24/24 et 7/7 sur tous mes appareils, connecté ou pas”… La question intéressera seulement les juristes, car les clients auront tranché depuis longtemps: AUCUNE différence.

Hé ouais. Le livre n’est pas la musique, le livre n’est pas le cinéma. À vouloir tout qualifier d’industrie, on oublie les différences au profit des ressemblances. 

Oui, le client est roi. Mais le client est un enfant capricieux. Il veut la tarte aux fraises pour le prix du Carambar. Et si on commence à céder sur le prix de la tarte aux fraises, alors demain? 

Il est urgent de réfléchir à des modèles économiques pérennes autour du streaming. Une offre globale à bas prix est, à terme, la meilleure façon de creuser la tombe des artistes et de ceux qui les produisent. Remarquez, ça résoudra le problème: quand plus personne ne pourra vivre de son art, le catalogue s’amincira. 

Quand on me dit qu’il faut respecter le client, je ne peux qu’être d’accord. Cela passe par trouver un modèle économique qui satisfait et surtout qui permet de faire vivre et profiter tout le monde. 

Mais quand il s’agit de céder à un caprice (bien naturel, et je m’inclus dedans) dans le seul but de capter l’attention (syndrome du chaton et de la baballe), quand on cherche à récolter les fruits à court terme sans penser au long terme, alors on court — selon moi — à sa propre perte. 

                                  image

Les éditeurs doivent prendre en main la question du streaming, se l’approprier. Il est insupportable de voir les questions importantes être déléguées à des services tiers dont le modèle économique est à sens unique. Le streaming, c’est plus que probablement l’avenir. Et vous laisseriez jouer n’importe qui avec votre avenir? Allez, les éditeurs: on se réveille!

Et vous? Que pensez-vous d’une stratégie streaming sur le court, moyen, long terme?

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À propos

Julien Simon est l'auteur de ce journal. Il est également le fondateur et le directeur éditorial de Walrus Books.

 

“ Opinions are mine, aroused thoughts are your own. This is a work in progress, blogposts may be modified, website could be erased, universe could be destroyed.”

 

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